Suivant l’exemple du Japon qui avait institué les TICAD (1) (Tokyo International Conference on African Development) dès 1994, la Chine organisa-t-elle aussi des “grandes messes” sino-africaines à deux reprises: la première à Pékin en 2000, donna lieu à la publication de la “Décla-ration de Pékin”; la seconde à Addis-Ababa en 2003 approfon-dit les thèmes de la première réunion, notamment dans les domaines de l’harmonisation des prises de position diplomotiques des deux partenaires et de l’augmentation de l’aide.
Pendant cette période de 6 ans, les liens bilatéraux se sont tissés encore dadvantage, tant au plan diplomatique qu’économique. L’Afrique, qui a peu à peu abandonné Taiwan pour La Chine continentale, adhère dans son immense majorité au principe d’une Chine unique (One China Policy) et sa réunification avec l’île de Formose. En parallèle, les pays africains ont-ils contribué à mettre en échec les tentatives de Taiwan visant à réintégrer l’ONU ou les organisations qui en dépendent. Dand le domaine des échanges, les chiffres des investissements et du commerce bilatéral font état d’une progression notable, ce qui contribue à donner l’impression aux Africains que le “challenger” chnois contribue à sortir leurs économies de l’ornière.
Il conviendra toutefois, dans un bref provisoire de mettre en lumière qui sont les réels gagnants de cette nouvelle relation: La Chine ou bien les pays africains?
Au nom des principes
Toute relation bilatérale, si déséquilibrée soit-elle, doit être présentée au nom de principes élevés si elle ne veut pas être assimilée à une recherche d’intérêts purs et simples. La Chine ne faillit pas à la règle et fait référence à une lutte commune, à son statut de pays en développement et à la recherche de rapports équilibrés entre partenaires majeurs.
Depuis des décennies, La Chine a pris l’habitude de se présenter comme “le plus grand pays en développement du monde” et de parler de l’Afrique comme “le plus grand continent en développement” (2). Mais ce parallèle s’éloigne de plus en plus de la réalité au fur et à mesure que le géant asiatique se transforme en atelier du monde.
La Chine fait également un parallèle entre la situation qui a prévalu en Chine à l’époque des traités inégaux et la période de la colonisation, qui a, elle aussi, privé les Africains de leur liberté de se gouverner eux-mêmes.
Elle évoque souvent le soutien qu’elle a apporté aux mouvements en lutte contre l’impérialisme européen , puis contre le néocolonialisme américain; oubliant parfois qu’elle s’est retrouvée dans le meme camp que l’Afrique du Sud blanche en Angola lorsque’elle soutenait Jonas Savombi contre le MPLA aidé par l’Union soviétique.
Dans son discourse d’ouverture du sommet, le Président Hu Jintao a d’ailleurs repris la plupart de ces themes:
“Cette année marque le ciequantième anniversaire de l’établissement de relations diplomatiques entre la nouvelle Chine et les pays africains. Alors que de vastes oceans séparent La Chine de l’Afrique, l’amitié entre nos peoples a une longue histoire et ayant été soumise à l’épreuve du temps, elle est forte et vigoureuse. Tout au long de l’histoire, les Chinois et les Africains… ont créé de grandes civilisations… À l’époque moderne, nos peuples ont lancé une lutte… héroïque contre l’asservissement et ont écrit une page glorieuse en se battant pour la liberté et la libération…” (3).
Le chef de l’Etat chinois en a profité pour render hommage aux Africains qui ont grandement contribué à ce que le siège de member permanent du Conseil de sécurité de l’ONU soit attribué à la République populaire au détriment de Taiwan.
Désireuse de jouer un rôle sur la scène internationale et d’apparaître comme une puissance globale, La Chine se doit de tenir un discours consensuel:
“Nous, leaders chinois et africains, dans la poursuite commune de notre amitié, de la paix, de la coopération et du développement, sommes réunis à Pékin afin de renouveler notre amitié, de discuter des moyens d’accroître les relations entre La Chine et l’Afrique et de promouvoir l’unité et la coopération” (4).
Enfin, le Président Hu Jintao a rappelé les quatre principes qui doivent présider aux bonnes relations entre les deux parties: l’amitié, qui fournit une base solide aux rapports bilatéraux; l’établissement de rapports d’égal à égal; le soutien mutuel et un co-développement, partagé par les Chonois et les Africains.
Ces préalables étant énoncés, la difficulté était de donner de la substance à ces grandes déclarations de principe, dans la mesure où un monde sépare les deux parties, que ce soit au plan de la taille des États, de leur culture, de leur histoire et de leurs économies.
Une declaration finale consensuelle
Dans son allocation liminaire, le chef de l’État chinois avait succinctement évoqué les domaines dans lesquels la coopération devait prioritairement se développer: en approfondissant la relation politique sur la base de l’égalité et de la confiance mutuelle; en élargissant la coopération économique gagnant-gagnant; en augmentant les échanges culturels; en promouvant un développement équilibré et harmonieux; enfin, en reforçant la coopération et le soutien réciproques dans les affaires internationales.
Le déclaration finale publiée à l’issue du sommet en reprit les principaux thèmes. C’est ainsi que les chefs d’État et de gouvernements ont réitéré, en les précisant, un certain nombre d’orientations: le doutien à la coexistence pacifique, aux principes des relations internationales pour la promotion du multilatéralisme et de la démocratie, ce qui peut surprendre l’observateur le plus neutre; le reforcement du dialogue Sud-Sud et de la coopération Nord-Sud; le réforme de l’ONU, avec le project de la création d’un siège de membre permanent du Conseil de sécurité pour l’Afrique; le choix du modèle chonois de développement pour les Africains et la sauvegarde de la paix régionale qui va de pair avec la coopération. L’objectif ultime étant de s’acheminer vers une relation bénéfique pour les deux parties grâce à l’augmentation des visites bilatérales de haut niveau, à l’approfondissement de la coopération pour le plus grand bénéfice des deux parties, l’augmentation des échanges de vues sur la bonne gouvernance, ce qui peut également surprendre; l’accroissement du dialogue des cultures et celui de la coopération internationale, dont le Forum sino-africain.
Ces suggestions, bien que parfois irréelles, lorsqueu’il s’agit de la démocratie ou de la bonne gouvernance par exemple, demeurent relativement vagues. C’est en fait le Plan d’action 2006-2009 qui va véritablement donner tout son sens à la relation Chine-Afrique.
Un plan d’action 2006-2009 ambitieux
Le partenariat stratégique pôné par le Président Hu Jintao s’appuie sur quatre grandes d’orientations données par le plan d’action élaboré (5) pour les trios prochaines années:
Au plan des relations politiq-ues, les deux parties s’engagent à reforcer les mécanismes existant tels que les commissions mixtes, les consultations entre ministres des affaires étrangères, celles qui traitent du commerce, de la coopération, ainsi que des sciences et des technologies. Des même, les échanges entre le Con-grès national du peuple chinois et les parlements des pays africains seront-ils plus fréquents. Il en ira de méme pour la coopération entre les consulats, la police et le judiciaire.
Dans l’arène internationale, des efforts particuliers seront faits pour réduire la pauvreté en Afrique. La Chine et l’Afrique s’appuieront sur l’ONU, tant en ce qui concerne le Conseil des Droits de l’homme, que la lutte contre le terrorisme. Hostiles à la prolifération des armes atomiques, les deux parties sont favourables à une Afrique dénucléarisée sur une base volontaire.
La coopération économique sera une des préoccupations principales des trios prochaines années. Celle-ci se fera aussi bien dans l’agriculture, les investissements, le commerce, les infrastructures et l’énergie, qui sera un domaine privilégié.
Enfin, la sphère sociale n’est pas oubliée; qu’il s’agisse de l’effacement de la dette, de l’amélioration du système de santé et de la culture. C’est dans cette optique que s’inscrivent la creation d’instituts Confucius, les programmes de formation professionelle et d’enseignement du chinois. Le texte sacrifie à la mode désormais planétaire de l’environnement, alors que la Chine est aujourd’hui un pays don’t les usines consomment le plus d’énergie et polluent le plus au monde.
Le troisième sommet sino-africain demeurera dans les annales comme une manifesta-tion d’une ampleur incompara-ble. Les Chonois ont voulu impr-essioner les Africains, les con-vaincre de l’intérêt qu’ils leur portaient et leur donner une lueur d’espoir quant à leur devenir. Toutefois ils pourraient légitime-ment se poser la question de savoir si cette amitié n’est moti-vée que par l’altruisme ou le sens des responsabilités d’une puiss-ance globale. La réponse est évi-dente lorsque l’on constate que les pays avec lesquels la Chine collabore le plus sont ceux qui sont les mieux dotés en matières premières et surtout énergétiques (La Chine importe 30% de ses besoins en pétrole d’Afrique) (6). Dans le domaine économique, les Africains pourraient égale-ment s’interroger sur les aspects désastreux de la concurrence des produits chinois à bas prix, com-me le textile par exemple (7). En dernier lieu, ils devraient réflé-chir à la cédibilité de la Chine dans des domaines aussi variés que la démocratie, les droits de l’homme, les économies d’énergie et la pollution.
La Chine, qui se comporte comme n’importe quelle autre puissance de premier plan joue sa partition de grand frère. Aux Africains de ne pas être dupes et d’exiger des compensations tant pour l’appui qu’ils apportent à la Chine au plan diplomatique qu’à celui des matières premières qu’ils lui vendent et dont leurs industries ont tant besoin.
(1) Aicardi de Saint-Paul Marc: Le Japon et l’Afrique: genèse d’une relation atypique, Centre des Hautes Études sur l’Afrique et l’Asie Modernes, (CHEAM), La Documentation française, 1999 pp. 55-61. (2) Aicardi de Saint-Paul Marc “La Chine et l’Afrique: entre intérêt et indifférence” Géopolitique africaine No14, printemps 2004, pp.62-63. (3) Discours du Président Hu Jintao, cérémonie d’ouverture du FOCAC, Pékin, 4 novembre 2006, People’s Daily, 4/11/2006. (4) Ibidem. (5) “Declaration of the Beijing Summit of the Forum on China-Africa Cooperation,” site du FOCAC, 16/11/2006. (6) People’s Daily, “Africa Accounts for 30% of China’s Oil imports,” 19/11/2006. (7) OCDE, The Rise of Africa and India in Africa, mars 2006.
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